(2 - 5 avril)
Cela faisait un bout de temps que j'avais repéré et qu'on m'avait donné des infos sur un fameux passage frontière Argentine - Chili accessible depuis El Chaltén. Fameux car le plus au sud permettant ensuite de remonter tout le Chili par la route, et fameux car faisable uniquement à pied, vélo ou cheval... l'aventure quoi!
C'est donc un "trekking" qui s'organise de la facon suivante:
- Trajet depuis El Chaltén jusqu'à la pointe Sud du Lago del Desierto (quarantaine de km), par la route (enfin, chemin...), en bus ou en stop.
- Traversée du Lago del Desierto, en bateau ou en le longeant par un sentier (12 km). Arrivée à la pointe Nord, où l'on trouve le poste frontière argentin pour faire tamponer son passeport.
- Marche jusqu'à la frontière par un joli sentier dans la forêt (6 km), puis descente par un chemin carrossable (16 km) jusqu'à Candelario Mansilla, où l'on trouve le poste frontière chilien, au bord du grand Lago O'Higgins.
- Traversée du Lago O'Higgins, en bateau (70-80 euros), jusqu'à Villa O'Higgins, dernier village de la "carretera austral" (célèbre route -ou chemin selon les endroits- qui traverse le sud du Chili).
Un passage frontière qui me faisait rêver donc, et qui s'est rapidement transformée en difficile (mais tout de même belle) expérience...
Partant pour un aller simple, j'ai fait mes sacs, et suis donc partie de El Chaltén le jeudi 2 avril, afin de pouvoir prendre le bateau du lac O'Higgins du samedi 4, dernier de la saison accessible aux touristes (à ne pas louper donc!).
Première épine de l'aventure: je pars chargée comme une mule, beaucoup plus qu'au début de mon voyage après l'achat d'une tente, d'un réchaud, d'un meilleur duvet... et avec de quoi manger pour quelques jours. Le poids total de mes affaires doit être le même qu'au départ de Torres del Paine, sauf que je me trimballe deux sacs, un sur le dos et un devant, pas très pratique pour marcher, mais pas d'autre choix.
Deuxième difficulté: la météo qui n'est pas clémente depuis quelques jours, et qui ne s'améliore pas le jour de mon départ.
Je pars donc moyennement enthousiasmée... mais tout de même exitée par l'aventure! Départ de El Chaltén en stop, sous une pluie fine et une fraiche température, j'ai de la chance et arrive à la pointe sud du lago del Desierto suffisament tôt pour attaquer la rando le jour même (option bateau écartée évidemment). Et à peine commencé à marcher, voila que mon pied droit se prend dans une racine et que je m'offre une gamelle monumentale, entrainée par le poids de mes affaires. Bon personne ne m'a vu, et puis le ridicule ne tue pas, mais dans l'affaire je me suis tordu la cheville... rien de grave, je peux marcher, mais c'est pas malin, maintenant il va falloir que je fasse vraiment attention où je mets les pieds. Je prends donc mon petit rythme de tortue, et voila qu'un jeune suisse, Laurent, me rattrape. On discute un peu et je lui dis de ne pas m'attendre, il marche bien plus vite que moi. Il se met à neiger, le lac et les paysages sont magnifiques, mais le sentier n'est pas facile avec tout mon bazar. J'arrive à un premier ruisseau où je retrouve Laurent cherchant un moyen de le traverser. La pluie des jours précédents a bien travaillé, et on n'a pas d'autre choix que de traverser pieds-nus. On marche un peu ensemble, je me retords la cheville, bêtement, deséquilibrée par le poids des sacs. Je ralentis encore mon rythme et Laurent repart devant. Le vent se lève, le froid tombe, la neige qui au départ était quand même plus sympa que la pluie commence à se faire sentir vraiment froide et humide. Pour rajouter du piment à l'aventure, il y a tout plein d'autres ruisseaux à traverser, et avec mon chargement et ma cheville tordue, je ne peux pas tenter d'accrobaties et je n'ai pas d'autre choix que d'enlever mes chaussures à chaque fois et tester directement la température de l'eau. Je galère, mais je tiens bon. Après quelques heures de marche, voila que j'entends qu'on m'appelle derrière moi. Je me retourne, et vois Laurent, déboussolé, qui me raconte qu'il s'est perdu et a fait une boucle. On décide donc dorénavant de marcher ensemble, jusqu'au bout. On commence à apercevoir la pointe Nord du lac, il doit rester seulement une heure de marche, mais voila que tout d'un coup le sentier que l'on suivait se perd dans la végétation dense. N'ayant pas idée si l'on a perdu le vrai sentier pour un sentier à vaches, et depuis combien de temps, on décide de continuer à la sauvage. En longeant le bord du lac on ne peut pas se perdre. Mais qu'est-ce qu'on peut galérer! On finit alors par foncer tout droit dans les brousailles, et par traverser les ruisseaux sans plus prendre le temps d'enlever nos chaussures. Le côté positif du froid, c'est que je ne sens plus ma cheville. Je suis physiquement épuisée, et mentalement en mode "survie". Après probablement deux heures de galère, on finit par arriver à la pointe nord, exténués. Les gardes frontière nous accueillent très formellement, taponnent nos passeport, et nous indiquent où l'on peut planter la tente, sans nous permettre de laisser sécher ne serait-ce que nos chaussures au coin de leur cheminée. On a tout de même droit à un hangar de terre battue/crottin de cheval pour se mettre à l'abri, mais avec interdiction de faire un feu, évidemment. Après s'être mis au sec et avoir reposé les épaules et la cheville, le moral revient tout de même. Plus tard, arrive un jeune couple franco-chilien (Aurélie et Branco, guides de montagne) qui nous racontent qu'ils ont eux aussi perdu le sentier. On passe la soirée tous les quatre à discuter. Au moins on a de la chaleur humaine!
Après une bonne nuit pas trop froide, le beau temps est enfin là, et je peux en profiter pour réchauffer un peu au soleil mes chaussures qui ont congelé pendant la nuit. Je reprends la marche, suivant plus ou moins le rythme de Aurélie et Branco, qui prennent leur temps. Le sentier est beaucoup plus facile que celui de la veille, le temps est magnifique et les paysages superbes. Cependant, je suis physiquement à plat (cheville en vrac, mal de dos, cervicales en feu...), et moralement au fond de mes chaussettes (trempées...). Je me demande vraiment pourquoi je suis là à souffrir tellement, et pas au chaud, sous la couette ou au coin du feu, avec une tasse de chocolat chaud devant un bon film. Les miens me manquent, je me sens terriblement seule. Je craque. Je touche mes limites: physiques, et émotionnelles. Mais à coups de "un pied devant l'autre", j'avance doucement, et prends le temps de réflechir, puisque cela ne me coûte pas grand chose. Il en faudra plus pour toucher à mes limites mentales! J'arrive enfin au col de la frontière, et m'offre une pause bien méritée, laissant le jeune couple partir devant. A présent il ne me reste plus qu'à descendre un large chemin tranquille de 16 petits kilomètres, facile! Je fais des pauses régulières, et voila que me rattrape un guide argentin qui va lui aussi à Candelario. Je lui raconte mes galères, et il décide de marcher avec moi. On discute, le chemin avance beaucoup plus vite, et à quelques kilomètres de l'arrivée voila que vient à notre rencontre un gendarme chilien en quad: "qui est la personne bléssée?". Ce doit être moi (merci les copains!)... ni une ni deux, je mets ma fierté de côté et me laisse conduire jusqu'au poste frontière, soulagée. Enfin, pouvoir reposer ma cheville et mon dos! Fin de la pire (ou la meilleure?) rando que j'ai vécu jusqu'à aujourd'hui...
Je passe la nuit dans l'unique auberge de Candelario Mansilla (tenue par l'unique famille vivant là), et le landemain prends le bateau pour Villa O'Higgins avec mes compagnons d'aventure. La traversée est magnifique. Je passe la nuit à Villa, et le landemain, suis d'attaque pour commencer la "carretera austral" en stop, car l'aventure continue! Direction Tortel, où j'espère être accueillie par Javiera de couchsurfing.
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| La pointe Sud du Lago del Desierto. |
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| Petite mine fatiguée, mais avec le sourire, toujours! |
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| Juste avant la neige et le début des galères... |
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| Pointe Nord du lac au matin du deuxième jour. Tout au fond, le Fitz Roy! |
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| Laguna Larga. |
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| Cherchant des ressources dans la contemplation. |
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| LA limite, enfin! |
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| Petit clin d'oeil francais au fin fond de la Patagonie :-) |
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| Dernière vue sur le Fitz Roy. |
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| Descente vers Candelario Mansilla et le lago O'Higgins. |
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| Pleine lune. |
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| Le bateau arrive! |
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| L'équipe du bateau allant récupérer un fermier qui allait surveiller ses vaches... |
Très peu de photos de cette fameuse aventure, mais il faut dire que je n'étais pas vraiment préocupée par le fait d'illustrer mon blog plus tard ;-)
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Des bisous Jo'!!!
RépondreSupprimerJe viens de lire ton blog... C'est extraordinaire, il n'y a pas d'autres mots!! Cela doit être tellement riche... tellement d'aventures comme tu dis!! J'espère que ta cheville va mieux!! Je t'envoie toutes les bonnes ondes que j'ai et je te souhaite pleins de belles choses, de découverte et de chaleur ( auprès d'un bon feu, d'une bonne tasse, des gens autour de toi et du soleil)
J'espère te revoir à ton retour en France poulette!!!!!!
Des bisous encore!!
que belleza amiga!!!
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